Adulte autiste : Un cri dans la nuit

C’est probablement le texte le plus complexe que j’aie eu à écrire. Pas seulement en raison du sujet, mais parce qu’il est question de ton enfant. Tu le sais, j’ai beaucoup de respect pour toi, de l’admiration même. Je ne croyais pas que tu vivais ça. Ça ne paraissait pas.

Un soir t’a fait comme tant d’autres parents à boutte : tu t’es défoulée dans ma messagerie privée. Comme tous ceux qui y sont passés avant toi, à la toute fin tu m’as écrit « Merci, tu peux effacer mon message, ça m’a fait du bien de ventiler, de t’écrire ce que je vis depuis trop longtemps… »

Tu venais de passer près de 20 heures à l’urgence avec ton enfant qui est maintenant plus grand que toi. Tu le savais que ça s’en venait, tu as cogné à toutes les portes que tu connais pour leur prédire le pire. Les portes, elles sont demeurées fermées. Impuissante face à des procédures, des départements, des boîtes vocales, tu as fait promettre à ton fils de t’appeler, que tu serais là, s’il allait jusque-là… Tu en faisais de l’anxiété, de l’insomnie, ton cœur de mère était déchiré de voir que même quand on crie à l’aide, ça ne veut pas dire que quelqu’un va répondre.

Tu t’es rappelée ces parents qui dénoncent que lorsqu’une personne autiste se dit suicidaire, ce n’est pas tellement pris au sérieux. Qu’on se questionne à savoir s’ils savent réellement de quoi ils parlent, s’ils sont conscients du poids de l’affirmation : « Je veux mourir ! »

En avril, tu as lu dans L’Express de la Fédération québécoise de l’autisme que le taux de mortalité par suicide est deux fois plus élevé chez les jeunes autistes , que dans la population du même âge. Tu t’es demandée comment, à la vue de cette statistique, on pouvait mettre en doute la lucidité des adolescents et des jeunes adultes qui affirment vouloir mourir. Pourtant, c’est ce que l’on fait. On banalise, on pellette ça dans la cour des familles… ça aussi.

En pleine nuit, le téléphone a sonné. C’était lui. Il était encore là, mais il avait essayé de partir. Tu t’es précipitée à ses côtés, tu l’as conduit aux urgences où ils l’ont gardé quelques heures, sans plus, mais on t’a dit cette phrase que tu avais besoin d’entendre : « Maintenant, on va pouvoir l’aider… » T’es repartie avec une prescription, l’espoir qu’il reçoive un appel, de l’aide, enfin. Des émotions en up and down, remplie de reconnaissance qu’il t’ait appelée, frustrée qu’il ait dû en arriver là pour qu’on lui offre l’aide dont il a besoin.

Ce qui a sauvé ton fils cette nuit-là, c’est toi, la promesse qu’il t’a faite. Une règle que tu as instaurée avec ton fils autiste : « Quand t’auras besoin d’aide, je serai là. Quand tu crieras à l’aide en pleine nuit, je t’entendrai. Crie, je t’en prie, crie, assez fort pour que j’accoure à ton secours ! Crie avant de partir parce que ton départ, je ne suis pas prête à ça, pas avec le potentiel que t’as ! Moi je crois en toi, j’y ai toujours cru ! Ça ne peut pas finir comme ça ! Je t’aime trop pour ça ! »

Et vous, Madame Charlebois, y croyez-vous au potentiel des adultes autistes ?

 

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