Elle s’appelait Isabelle

La triste histoire de Madame Sylvie, l’enseignante qui, en raison de sa grande fatigue et de son système immunitaire affaibli, a vu son influenza se transformer en un streptocoque invasif qu’elle n’a pas été capable de combattre et qui s’est répandu dans son corps en libérant une toxine. La bactérie mangeuse de chair l’a emporté, elle est décédée. Tout s’est passé en 48h. Son conjoint en est encore choqué. Les semaines passent, mais il n’en revient toujours pas, et avec raison.

Cette histoire m’a rappelé Isabelle.

Depuis que je blogue, j’en ai accumulé des histoires, des secrets. Partager des bouts de ma vie, en toute transparence comme je l’ai fait – surtout à mes débuts-, ça crée des liens. Mes confidences ont ouvert la porte à plusieurs mamans qui ne savaient plus à qui se confier, épuisée, pour ne pas dire écoeurée, d’être jugée ou incomprise.

J’ai pleuré avec vous, nous avons ri aussi. Je vous ai accompagnées et rassurées quand vous m’avez annoncé votre dépression. J’étais celle qui était « encore là », qui avait survécu aux idées noires, à l’insomnie, à l’anxiété qui vient souvent avec une dépression, les sautes d’humeur et ces larmes qui semblent être sans fin. Ça vous donnait espoir, que je sois « encore là ». Juste que je sois encore là. Dans les débuts, vous ne visiez même pas le bonheur. Juste retrouver l’envie de vivre, c’était ça votre défi. Une à une, vous y êtes arrivées. Certaines ont pris de la médication, d’autres ont entrepris une thérapie, parfois les deux en même temps. Ça pris des mois, d’autres des années, mais aujourd’hui, ça va. Je suis là, vous êtes là. Toutes les mamans d’enfants autistes de qui je suis le plus proche sont passées par là. Nous sommes des amies pour la vie « grâce à ça ». Un lien comme celui-là, ça ne se casse jamais.

Par contre, celle qui m’a le plus marquée, que je n’arrive pas à oublier, ce n’est pas sa tête qui a déclaré forfait un moment donné. C’est son corps qui l’a lâchée. Elle n’a jamais voulu mourir. Elle aurait tout donné pour vivre, j’en suis certaine.

Elle s’appelait Isabelle.

La première personne qui s’est abonnée à mon blogue il y a presque cinq ans, c’est elle. Elle avait une petite fille autiste elle aussi. Elle l’aimait sa fille. Maudit qu’elle l’aimait. Juste d’y repenser, j’ai les yeux qui se remplissent de larmes. En deux semaines, tout à déboulé et elle est décédée. Deux semaines. Juste d’y penser, les frissons me passent partout sur le corps. Qu’adviendrait-il de ma petite famille sans la maman pieuvre que je suis ? Comment ferais-je pour leur dire adieu tout en semblant forte, en contrôle, pour leur laisser le souvenir d’une mère qui sourit, remplie d’amour, minimiser les dégâts du « après moi » ?

Je me souviens du soir où j’ai raconté la fin de son histoire à mon conjoint. J’étais déstabilisée par ce délai, si court, que la vie avait laissé à Isabelle pour dire au revoir aux siens. C’était si soudain !

J’avais le trémolo dans la voix et le cœur gros. Il m’a dit qu’il y a de ces histoires qui mériteraient une tribune médiatique afin de conscientiser celles qui restent. J’avais une bien petite visibilité à l’époque. J’en avais parlé, mais quand j’ai lu l’histoire de Madame Sylvie, j’ai frissonné et j’ai repensé à Isabelle en me disant que je devais vous en glisser un mot.

Je voulais que vous sachiez que ça n’arrive pas seulement dans un cadre professionnel. Une maman qui se donne corps et âme peut aussi partir du jour au lendemain.

Une maman qui aime son enfant plus que tout, ne devrait pas banaliser l’apparition de symptômes en mettant ça sur le compte de la fatigue ou du stress, car il y a quatre ans, en Mauricie, s’est éteinte une maman EXTRAordinaire qui vivait pour sa fille, mais qui était persuadée que ses hormones s’emballaient, que ça passerait, qu’elle n’était pas malade pour vrai.

Et pourtant…

 

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