Autisme : la petite fille aux lunettes de soleil !

Lorsque ma fille avait deux ans, il était fréquent que je me présente à l’épicerie et que je sois dans l’obligation de rebrousser chemin. Pourquoi ? Ça sentait « trop » le poulet BBQ. Et ça, elle ne me l’a pas dit ! Ben non ! J’ai dû le déduire, à force de revirer de bord et de lire sur les particularités de l’autisme, parce qu’elle ne parlait pas. Elle hurlait très bien, par contre ! Oh que oui, le hurlement, elle le maîtrisait à merveille !

Ariane et les odeurs, pas seulement celle du poulet BBQ, ça a souvent causé de drôles de situations, car elle n’a pas de filtre. Et quand je dis, pas de filtre c’est pas de filtre pantoute. Ce qu’elle pense, elle le dit. Les conventions sociales et elle, ne se rejoignent pas souvent. Le meilleur exemple est la fois où j’ai croisé la madame au parfum cheap !

Donc, je suis dans un magasin grande surface. Je fais ça vite, car ces endroits sont la hantise de ma fille. Il y a trop de choses, trop de gens, probablement trop d’odeur, trop de détails et la luminosité n’est pas celle qu’elle préfère donc elle garde ses lunettes fumées. Elle me suit docilement avec sa petite coupe au carré, ses verres fumés et elle ne dit pas un mot. Elle en a visiblement beaucoup à gérer, je respect ça mais pour les autres, l’enfant modèle, c’est elle. Sur son passage, les gens sourient. Je suis passé de la mère qui gérait  « LA crise » entre 2 et 6 ans, sous le regard désapprobateur rempli de jugements, des « petites madames » aux cheveux blanc-mauve – on met la pédale douce sur le shampoing bleu mesdames – à la mère qui a un enfant docile !

Chaque enfant autiste est unique ! Règle générale, les défis n’arrêtent jamais mais ils changent. Ce n’est pas systématiquement mieux ou pire, pas nécessairement moins complexe mais différent. Disons ça comme ça !

Pour en revenir à mon anecdote, jusqu’à ce que l’on arrive à la caisse, derrière une petite madame, qui adore le fleuri très coloré et qui a « le parfum que toutes les p’tites vieilles ont », ça allait très bien !  Personnellement, je le perçois son parfum, mais bon, ce n’est pas la première fois. Je ne l’aime pas son parfum, mais je n’en fais pas de cas. Il ne m’agresse pas, me dérange à peine.  Ariane, c’est autre chose. Elle s’éloigne, elle se tient loin, elle est trois personnes derrière moi, et comme sa tendance fugueuse revient de temps en temps, j’insiste pour qu’elle me rejoigne et j’ai comme réponse : « Non, la madame pu trop ! » avec son ton de petite fille qui a appris a parler sur le tard, mais qui maintenant, semble perler, qui porte fièrement ses lunettes fumées et son visage qui ne démontre aucune émotion. Elle n’a pas le dégoût d’écrit dans face, elle n’hurle pas, elle affirme tout simplement un fait. Elle a l’air drôlement snob même si elle a un peu raison sauf que ça ne se dit pas ! Le filtre social n’a pas embarqué, il n’existe pas. Les conventions sociales, ça va plus loin qu’un bonjour, un merci ou un comment ça va ! C’est aussi, ne pas dire à quelqu’un que son parfum, ben il put !

MALAISE !

Deux personnes tentent de cacher leur fou rire, une autre me regarde et se dit surement que « ma vedette, avec ses lunettes fumées, de presque 9 ans » est vraiment chiante MAIS la madame qui « sent le parfum »  fait l’air de ne pas avoir entendu ! Honnêtement, j’ai espéré que les années aient un peu affaibli son ouïe et qu’elle n’est pas entendue, mais bon, j’ai quitté la file d’attente, je suis allé un peu plus loin expliquer à ma fille qu’on ne peut pas dire ça que ça peut faire de la peine aux gens. Elle m’a répondu : « Ah, désolé maman ! »* Malgré son « désolé », je reste alerte quand je suis dans un lieu public avec elle parce que même si l’autisme parait moins qu’avant, il est toujours là ! L’autisme, ça fait parti d’elle et mon devoir de maman est de respecter ça MAIS je dois dire que j’ai souri, une fois dans la voiture, en me disant qu’en tant que mère et humaine, membre de notre société, je fais une pas pire jobe !

Pourquoi je pense ça ?

Toutes les fois où on l’a regardé de travers, qu’on m’a jugé comme mère, je n’ai jamais vu personne, prendre le temps d’aller dire à ces « petites madames-là » que ça pouvait me faire de la peine et que socialement, dévisager quelqu’un et juger ce que l’on ne comprend pas, n’est pas acceptable. Pas plus qu’une petite fille autiste qui manifeste son inconfort en raison du parfum d’une vieille dame, mais qui elle, sait maintenant que ça ne se fait pas et qui en est désolée…

 

* Non, avec un enfant autiste il ne suffit pas d’expliquer simplement comme ça, si l’on veut réellement que la compréhension et l’apprentissage se fasse. Oui je dois encore demeurer alerte dans les lieux publics car il y a encore bien du travail à faire ! La simplicité en autisme, j’ai rarement été témoin de ça ! 😉

 

 

 

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