Les excuses de Walmart : quand l’inclusion frappe un mur

Ça fait quelques années maintenant que je blogue dans le but de sensibiliser les gens à la réalité des familles d’enfants autistes. Je ne sais plus combien de textes j’ai écrits. J’ai cessé de compter il y a longtemps. Au même titre que le désespoir des parents d’enfants autistes, face aux portes closes des divers systèmes publics (santé, services sociaux, scolaire), qui aboutissent dans ma boîte courriel ou messagerie Facebook, je n’en fais plus le décompte non plus. Ça fait partie de mon quotidien de faire face à la détresse de ces parents-là. Je peux vous dire que souvent, l’expression « Quand on se compare, on se console», ça s’applique.

Des embûches en lien avec l’autisme de ma fille, j’en ai vécues, j’en vis encore. Les parents qui me suivent sur les réseaux sociaux c’est la même chose. Ça commence dès l’investigation et ça ne se termine jamais réellement.

« Bas-toi ! Bas-toi pour ton enfant ! » Des murs, de l’enfance à l’âge adulte.

Les statistiques affirment qu’au Québec 1 enfant sur 64, âgé entre 5 à 17 ans, reçoit un diagnostic de Trouble spectre de l’autisme. 1 sur 64 ! Donc il y a probablement au moins une famille qui habite votre rue qui vit l’autisme au quotidien. Une famille dans votre rue qui a appris cette semaine que Walmart mettait fin à son partenariat pour le programme d’inclusion en milieu de travail pour personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un Trouble spectre de l’autisme et qui a senti beaucoup d’émotion la gagner.

Bien sûr, ce ne sont pas toutes les personnes ayant reçu l’un de ces diagnostics qui ont besoin de ce type de programmes. Le spectre de l’autisme est large, ben large ! Sauf que, par solidarité, je suis pas mal certaine que votre voisin, dont la famille est touchée par l’autisme, s’est indigné. Parce que la lèvre tremblotante de la maman de Catherine Plamondon, elle nous a émus aux larmes. Nous le savons, nous les parents, que les larmes qu’elle ravalait c’était un mélange de peine et de frustration. Que sa fille a dû faire beaucoup plus d’efforts que les autres pour apprendre ce qui, pour les autres, sont des choses de routine. Être acceptée et respectée, sont probablement les souhaits que ses parents ont le plus souvent faits pour elle, parce que non, ce n’est pas encore systématique au Québec.

Oui, c’est précieux de voir son enfant devenu adulte s’épanouir, connaître ce qu’est le sentiment d’appartenance, la fierté de contribuer à la société, être reconnu comme un individu à part entière. L’intégration de Catherine chez Walmart, c’était beaucoup plus que le 6$/jour qu’elle recevait. C’était fort probablement l’accomplissement d’années de bataille de la part de ses parents et la détermination, le courage de Catherine.

6$/jour versus 10,5 MILLARDS US par année de bénéfice net !

Au collège, j’ai passé mes cours de finances et de comptabilité sur la peau des fesses, sauf que ma base est assez solide pour savoir que Walmart ne perdait pas d’argent avec ce partenariat auquel il a mis fin ! Et comme j’ai pris l’information sur le mur Facebook de Charles Lafortune et que la dite information a été partagée par Pierre-Yves McSween, je suis pas mal certaine de mon coup ! Merci Pierre-Yves : j’en avais vraiment besoin !

En 2018, Walmart a déclaré des revenus de 500 milliards US ! 500 MILLIARDS US ! Un bénéfice NET de 10,5 milliards ! 10,5 MILLIARDS US DE BÉNÉFICE NET !

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Les revenus, le bénéfice, ce sont nos achats.

Actuellement les gens s’indignent sur les réseaux sociaux ! Certains crient au boycott mais est-ce que l’on va s’en souvenir ? Est-ce que nos convictions seront assez fortes pour passer à travers le temps? Est-ce qu’on se laissera convaincre par ceux qui affirment que Walmart a donné 20 ans à ce programme et qu’on devrait lui dire merci ?

Walmart fait volteface ?

Alors que Charles Lafortune, animateur de La Voix et père de Mathis un jeune homme autiste, fait la tournée des médias depuis deux jours, pour donner une voix à ceux qui n’en ont pas ou presque, samedi le 31 mars, Jonathan Roberge, de TVA NOUVELLES, annonce l’émission d’un communiqué surprise de la part de Walmart sur Twitter :

 « Au Québec, nous soutenons la formation professionnelle pour les personnes ayant des déficiences depuis de nombreuses années et nous nous engageons fermement à continuer à le faire dans le futur.

La semaine dernière, nous avons avisé des agences locales du Québec que nous ne pourrions malheureusement plus participer au programme de formation professionnelle volontaire dans sa forme actuelle.

Notre objectif était de trouver d’autres moyens d’aider les personnes dans ces programmes, y compris l’emploi direct.

De toute évidence, la façon dont nous avons géré ce changement a créé de la confusion et de la déception, et nous nous en excusons très sincèrement.

Nous avons entendu les préoccupations soulevées ces derniers jours par les participants du programme, leurs familles et la communauté.

Pour la suite, nous travaillerons avec toutes ces personnes, leurs familles et les organismes de services sociaux locaux pour trouver de nouveaux arrangements qui offriront du soutien aux participants, et cela inclut la possibilité d’embaucher directement ces personnes.

Walmart est fière de faire partie de la communauté du Québec et de soutenir des organismes tel qu’Opération Enfant Soleil, Moisson Montréal, le Club des petits déjeuners et la Croix-Rouge, de même que des centaines d’organismes locaux qui reçoivent chaque année des millions de dollars pour leurs efforts importants dans la communauté. »

Et la suite, concrètement, ce sera quoi ?

Je ne peux pas prédire ce qui adviendra de la nouvelle saga Walmart mais je suis certaine d’une chose : Avec un bénéfice net de 10,5 milliards US, je me vois mal expliquer à des personnes en situation d’handicap, mais dévouées, qu’elles n’étaient pas rentables à 6$/jour, que leurs efforts d’intégration ne valaient pas ça.

Avril : le mois de l’autisme, de l’inclusion !

Le mois de l’autisme débute le 2 avril. Entreprises québécoises, je vous invite à vous manifester afin de reconnaître la neurodiversité. Je vous demande de reconnaître l’apport de ces personnes à notre société québécoise. Je vous invite à prouver que nous, les Québécois, nous n’accepterons pas de reculer ou de se dissocier de l’inclusion des personnes handicapée !

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