Ma fille, je veux un « je t’aime » !

Hier, je discutais avec une amie enseignante qui, depuis plusieurs années, travaille auprès des enfants autistes.

Elle me questionnait pour savoir si, dans les premières années suivant le diagnostic de ma fille, j’avais eu des inquiétudes par rapport au fait qu’elle parlerait un jour, ou pas.

Lorsque ce sujet est abordé, elle sent régulièrement la fragilité, l’émotion se manifester chez les parents de ses petits étudiants. Elle souhaitait savoir comment je l’avais vécu. Et comment je le vis maintenant.

Ma fille avait trois ans lorsque l’orthophoniste m’a annoncé que l’atteinte à la compréhension d’Ariane était sévère. Par conséquent, l’acquisition du langage serait difficile, voir peu probable. Cette annonce a été douloureuse à entendre, plus douloureuse que le diagnostic d’autisme.

Ma tête avait compris l’impact d’une atteinte de compréhension sévère sur nos échanges, mais c’est mon cœur de mère qui n’en revenait pas. Les jours qui ont suivis cette annonce furent particulièrement pénibles. Une pensée ne me quittait pas : je n’entendrais jamais ma fille me dire « je t’aime ».

Égoïste ? Pas vraiment…

Tout ce que je faisais ne me reviendrais jamais. Un « je t’aime », je le voyais comme ça. Une tape dans le dos, ma paie pour mes nuits d’insomnie passés à la consoler à cause de ses crises nocturnes. Ma dévotion pour qu’elle puisse acquérir divers apprentissages, ma récompense, elle ne viendrait pas.

Ce serait une relation du sens unique, me disais-je. Je devrais apprendre à donner sans attente. Le don de soi prendrait tout son sens, mais ma vision d’une relation mère-enfant perdait le sien. Je devrais me contenter, que ce que je donnais soit récompensé par de petits apprentissages. Mon amour, il se verrait sur chaque petit pas qu’elle ferait, mais je ne l’entendrais jamais.

Je craignais que mon lien avec ma fille ne soit pas plus grand qu’un « je donne, tu prends ».

Je n’ai pas de conversation avec ma fille qui aura bientôt huit ans. Elle ne discute pas au téléphone avec ma mère, comme le fait sa petite sœur de trois ans, mais elle répond brièvement à mes questions. Elle me comprend quand mes demandes sont adaptées.

Certains soirs, elle me demande un « e t’aime ». Elle me fait une grosse colle avant de demander du pop corn, parce qu’elle sait très bien qu’avec ses petits bras autour de moi, mon cœur fond.

« Pas mal pour une petite fille dont la compréhension était nulle! » C’est ce que je me dis avec le sourire, chaque fois qu’elle me sert fort et que j’entends un « e t’aime ». Elle l’a probablement appris par cœur à force de m’entendre lui dire. Par contre, dans ses yeux, dans l’intensité de son étreinte, il y a plus que des mots : il y a cet amour pur qui a le pouvoir de réparer un cœur lorsqu’il est en mille morceaux. Ce même cœur qui croyait avoir à tout donner sans rien recevoir …

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