Mon amie, je pense que ta fille est autiste.

Il y a de ces choses que l’on ne veut pas voir. Il y a de petits signes que l’on préfèrerait ne jamais comprendre. Elle était devant moi, si belle, si adorable, mais visiblement différente. Je lisais dans son regard quelque chose qui me rappelait ma fille. Je la regardais enfiler, retirer et enfiler encore les petites bottes de pluie pour jouer dans la maison. Elle refaisait constamment le même rituel avant de repartir vers ses jeux, qui n’en étaient pas. Pas pour une enfant de cet âge-là. Sa gestuelle m’interpellait, me distrayait de ma conversation avec sa maman. Cette maman qui est une amie depuis des années. Bien avant que j’aie des enfants et que l’autisme fasse partie de mon quotidien.
 
Ma petite voix intérieure, qui me criait que tous les signes d’autisme étaient présents chez la petite, refusait de se taire. Je savais, je voyais bien, j’entendais les inquiétudes de mon amie, mais je ne voulais pas. Comment pouvais-je la regarder, répondre à ses interrogations, sans que mon visage me trahisse? Comment allais-je faire pour lui cacher que, tout comme elle, dans les yeux de sa fille, je voyais le mot autisme? Pour la première fois, j’aurais voulu effacer toutes les informations liées au Trouble spectre de l’autisme que je détenais dans ma tête.
 
J’aurais aimé croire à un retard de développement qui, à force de stimulation, s’estomperait, mais je voyais tellement plus. Pendant trois heures, du coin de l’œil, cette petite fille confirmait mes doutes. Je préférais me remettre en question plutôt que de me donner raison. Je faisais de la projection ou quoi? Allais-je commencer à voir de l’autisme partout?
 
J’ai terminé mon café et j’ai quitté les lieux avec cette certitude, mais je n’ai rien dit. J’ai salué mon amie, la petite qui m’ignorait et je suis partie, comme si je n’avais rien compris. Une fois dans ma voiture, j’ai fondu en larmes. Allait-elle vivre la même chose que moi? Non! Je refusais qu’elle se heurte aux mêmes embûches. Il faut de l’énergie, de la détermination pour affronter le système de santé publique et la quête des services! Elle saura le faire, mais ce sont de multiples batailles qui se dessinent devant elle! C’était pour elle que je pleurais! Tout ce qui l’attendait si je disais vrai!
 
Lorsque je suis entrée dans la maison de mes parents, ma mère ne comprenait pas pourquoi je pleurais. Je lui ai expliqué que je ne pleurais pas pour la petite. Je savais qu’elle avait une maman extraordinaire qui ferait tout le nécessaire pour l’accompagner dans sa différence et lui décrocher de l’aide. Elle saurait se battre comme je le faisais pour ma fille. Par contre, pour se battre il faut être conscient.e du trouble qui afflige son enfant.
 
Quelques jours plus tard, elle me confiait avoir de forts doutes pour sa fille. Elle lisait mes statuts Facebook et, plus elle le faisait, plus le doute grandissait. Je dois avouer que ce fût un soulagement pour moi de la voir pousser le questionnement plus loin, car je ne voulais pas être la messagère. Au fond de moi, j’espérais me tromper. Les batailles quotidiennes que je mène pour faire reconnaître les besoins de ma fille, je ne les souhaite à personne. Surtout pas à une bonne amie!
 
Les années ont passé et ma chère amie accompagne sa jolie Letty dans sa différence, car cette dernière a finalement reçu un diagnostic de Trouble spectre de l’autisme. Comme je le prévoyais, elle voit à ce que sa fille reçoive l’aide nécessaire. Cependant, tout comme moi, elle se bute à des embûches qui n’ont aucune raison d’être.
 
Démystifier l’autisme est déjà un gros défi pour un parent. La moindre des choses serait de simplifier notre quotidien, non?

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