L’autisme d’un enfant, quand le couple fout le camp…

 

Il n’y a que de la tendresse et l’autisme de votre enfant entre vous. Il y a ses besoins qui coûtent chers, il y a ses rigidités qui demandent beaucoup d’adaptations. Il y a sa structure qui demande du temps, il y a tant de petites choses qui doivent être faites pour que la situation familiale soit acceptable, vivable. 

Tout ça, c’est toi qui y vois. Tu es à la maison, tu croyais que c’était la meilleure décision. En fait, pour tous ceux que tu aimes, oui, c’était la meilleure option. Mais toi ? Tu t’es perdue dans tout ça ! Et tu y as perdu ton couple au passage. Pas simplement par manque de temps. C’est ce que tu t’es fait croire longtemps, mais depuis deux ans, c’est la haine et l’amour qui se chevauchent dans ton cœur face à ton homme.

Ton homme, ton chum, n’en sait rien. Certains soirs, tu le détestes. Il vient cette heure où tu as tout donné, que tu es épuisée, et simplement de croiser son regard te donne envie de lui crier que c’est de sa faute !

L’amour, celui qui le rendait extraordinaire, est mort le jour où tu as compris que ça venait de lui. L’autisme de ton fils, c’est son bagage génétique à lui. Tu avais un doute, mais quand tu as vu le nombre d’enfants autistes apparaître au party de Noël dans les dix dernières années, tu as compris.

Ce n’est pas rationnel, on ne contrôle pas ses gênes. Tu le sais, tu me l’as dit en pleurant. J’ai pleuré avec toi, impuissante, incapable de te dire quoi que ce soit d’intelligent ou d’apaisant.

De ta voix, sectionnée par les sanglots, tu me criais : « C’est lui Nadia, c’est à cause de lui que je vis tout ça ! Je lui en veux Nadia ! Je le déteste Nadia, c’est de sa faute… »

Vous partagez le même lit, mais il y a un froid dans votre chambre à coucher. Tu ne tolères même plus d’être touchée, tu prétends être fatiguée. Tu l’es, mais tu sais bien que le mal qui détruit ton couple, ce n’est pas ça.

Tu as perdu beaucoup avec le diagnostic de ton enfant. Ton emploi, ta maison, tes amis, ta famille se sont éloignés aussi, tu as perdu ta joie de vivre; tu t’es perdue, toi.

On se connaît à peine et c’est dans mes bras que tu t’es réfugiée pour pleurer. Tu m’as dit que tu savais que je ne te jugerais pas, qu’il y avait juste à moi que tu pouvais dire que tu ne l’aimes plus, mais que tu restes à ses côtés parce que par moment tu te souviens d’avant. Tu restes parce que parfois, l’espace d’un moment, la haine laisse place à l’amour. Tu restes parce que tu espères oublier ou accepter que cet enfant qui a dix ans, qui ne parle pas, qui fait encore pipi au lit la nuit et qui hurle au moindre changement dans sa vie, ça vient peut-être de ses gênes à lui.

Tu restes parce que tu espères que le téléphone sonne et que l’on t’annonce que la liste d’attente est terminée pour toi. Un psychologue t’attend tel jour, telle heure, tu pourras t’y vider le cœur, être accompagnée dans tes deuils. Tu pourras panser tes plaies, peut-être même lui répondre je t’aime, pour vrai, quand il te regardera comme il y a quinze ans, avant que vous ayez des enfants.

Tu espères que le téléphone sonne avant qu’il ne soit trop tard, avant que votre couple soit mort. Avant que tu lui cries que c’est de sa faute, que tu le brises à son tour et que vos morceaux soient tellement pêle-mêle sur le plancher qu’il ne soit plus possible de les recoller. 

 

2 Replies to “L’autisme d’un enfant, quand le couple fout le camp…”

  1. Wow, tellement vrai. Triste mais vrai. Et que dire si en plus on avait un gros doute sur le père bien avant la naissance de l’enfant? je porte cette culpabilité de ne pas m’être écoutée et je lui en veut à lui de ne pas m’avoir écoutée non plus, d’avoir écarté mes doutes du revers de la main. Mais le pire pour moi reste sa réponse laconique, comme quoi s’il n’en tenait qu’à lui il en aurait eu d’autres, quitte à ce qu’ils soient tous autistes, même sévères. Pour moi c’est irresponsable.

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  2. Ouf cela vien tellement me chercher, je me suis longtemps sentie coupable, que ma fille soit autiste, tdah, dyspraxie motrice sévère, mais surtout autiste.
    Suite à ma séparation, le papa biologique de ma fille me disait que vue que son autre fille était parfaite, c’était donc à cause de moi que ma fille était autiste, que ça ne pouvait pas venir de lui.
    Il me disait aussi que c’était parce que je l’élevais trop en bébé, que je faisait tout pour elle, qu’elle ne savait pas faire grand chose pour son âge et que c’était de ma faute.
    J’ai détesté l’aitiste, je me suis détesté, je me suis remise en question en me disant qu’il avait raison, que je n’étais pas à la hauteur, jusqu’à temps que je me renseigne sur l’autiste, et que les spécialistes entrent en jeux.
    Jai été longtemps malade, aujourd’hui le soleil brille😊 ok ce n’est pas toujours rose, ce papa biologique à abandonné ses droits parentaux car il ne voulait plus s’occuper de son enfant dû à son autiste, mais mon conjoint cet ange qui nous est tombé du ciel à adopté cette merveilleuse petite fille malgré son autiste, et il l’adore.
    Il y à des mots qui font un mal fou, surtout ceux qui sont dit par vengeance et pour blesser un enfant sans défence et qui n’a pas demandé cela.

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