Lettre à une maman d’enfant autiste

Je suis bien placée pour te comprendre, tu sais. Probablement trop. C’est sûrement ce qui explique que les perches que je te tends, tu ne les as jamais saisies. Tu crois faire mieux et honnêtement, je te le souhaitais. Le constat que ça ne fonctionne pas, que ça ne changera pas, il fait mal. Ce n’est pas l’orgueil que ça percute, c’est le cœur. Le cœur d’une mère qui vit d’amour et d’espoir. L’espoir d’être entendue, pour l’amour de son enfant.

L’espoir de sauver ta famille, ton enfant, toi. Le besoin de croire que ce que tu vois, autour de toi, tu ne le vivras pas. Tu n’es pas dupe. Les années passent, tu vois bien que tu te diriges vers ça. Les discours de celles qui y ont laissé leur santé commencent à te ressembler. Leurs batailles ont ravagé leur visage, ont terni leur regard. Tu te projettes, c’est cette réalité que tu rejettes. Tu n’en veux pas de cette femme pour ton homme, ton chum. Tu veux celle d’avant, celle dont il est tombé amoureux. Tu veux lui rendre celle avec qui il a décidé de fonder une famille. Tu le sais compréhensif, mais tu vois bien que plus le temps passe, plus les besoins de ton enfant sont grands, plus votre temps ensemble s’évanouit. Et s’il se tannait, s’en allait ? Ton cœur est déjà en mille morceaux. Comment pourrais-tu affronter cette perte, cette peine de plus ? Tu paniques juste d’y penser.

Ton cri je l’entends, je le comprends, il résonne jusqu’au Parlement probablement. Il se heurte à des portes closes, à Québec comme à Ottawa. J’ai rué dans ces portes avant toi, comme d’autres l’avaient fait avant moi. Elles ne se sont jamais ouvertes, pas même entrouvertes.

J’ai moi aussi attendu les retours d’appel de nos représentants. Même ceux pour qui j’avais votés. On ne m’a jamais rappelée. Pour toute réponse, j’ai reçu une lettre, celle qu’ils envoient à tout un chacun en changeant uniquement la date et le nom.

Ils décident entre eux, ils pensent budget, statistiques, liste d’attente et rendement alors qu’on leur parle de nos enfants, de nous, de nos vies. Ils s’endorment avec un sentiment de satisfaction, de devoir accompli, alors que nous sommes réveillés par des cris, des hurlements. Pendant qu’ils dorment, nous rêvons d’être entendus.

Je te vois sombrer de plus en plus et je me retiens pour ne pas appeler la travailleuse sociale qui a ton dossier quelque part sur son bureau! Elle a certainement changé de nom depuis le temps. Elles changent si souvent. Peut-on leur en vouloir ? Qui, jour après jour, peut se présenter devant des familles, les mains vides, pour affronter la détresse, sans craquer ? Qui peut se heurter à des enveloppes budgétaires vides sans avoir envie de démissionner ?

Je suis entre elle et toi. Entre elle qui voudrait t’aider, mais qui n’en a pas les moyens, et toi qui ne vois pas le mur qui se dresse là, juste devant toi. Tu ne tiendras pas, tu le sais ça ? Tu donnes tout ce que t’as en espérant gagner et qu’ensuite tu pourras te reposer. J’y ai cru moi aussi. Ce n’est jamais arrivé. Ce sont ceux qui m’aiment, qui avaient mal de m’entendre hurler ma peine et mon désespoir, qui m’ont ramassée quand mon espoir s’est dissipé, que la réalité m’a frappée.

J’aimerais te dire d’arrêter, mais jamais tu ne vas m’écouter. Ce qui t’allume, la flamme, le carburant qui t’alimentent sont beaucoup trop puissants. Tellement puissants qu’ils te propulsent et te brûlent par en dedans, en même temps. C’est ça la puissance d’un cœur de mère. Malheureusement, pas assez puissant pour faire bouger et émouvoir les gouvernements, nos dirigeants.

#NosFamillesSansServicesAdaptés

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