La culpabilité de devoir déléguer.

La culpabilité m’a fait souffrir par moment. Mon fils Justin était si petit et moi si absente. Pas uniquement physiquement, psychologiquement aussi. Même quand j’étais là, ma tête n’y était pas totalement. J’étais perdu dans mes pensées, en quête de solution alors qu’en fait, je n’avais pas de contrôle sur ce qui se passait. On ne contrôle pas la santé de ses enfants.

Justin devait partager sa maman avec une sœur, de quinze mois son aînée, qui cumulait les diagnostics et les rendez-vous. Une maman qui avait cru que ce ne serait pas si mal au fond, qu’elle saurait gérer.

Je ne pouvais pas savoir qu’autant de diagnostics allaient s’additionner au fil des années. J’ai géré, j’ai essayé de tout mon cœur, de toutes mes forces, mais rapidement, j’ai dû me rendre à l’évidence. L’expression africaine : il faut un village pour élever un enfant, prenait tout son sens pour notre famille.

Dépassée par les besoins de ma fille, je regardais la voiture de mes parents s’éloigner en emportant mon fils loin de moi. Mon petit bonhomme qui laissait derrière lui une maman qui avait su cacher ses larmes jusqu’à ce qu’il ne puisse plus la voir. Cette même maman qui multipliait les valises pour être certaine qu’il ne manquerait de rien. Ces valises qui contenaient aussi des listes, ses DVD adorés, ses chansons préférées, ses émissions de télé à ne pas manquer, ses jouets, son doudou pour les dodos, même les doses de Tylenol ou d’Advil en cas de besoin. Comme si grand-maman et grand-papa ne sauraient pas lire les instructions en cas de fièvre. Cette maman qui essayait de se convaincre qu’avec tout ça, elle ne lui manquerait pas tant que ça, qu’il ne souffrirait pas autant qu’elle souffrait de son absence.

Si au départ Justin partait dans le Bas-Saint-Laurent suite aux appels à l’aide que je faisais à mes parents, au fil des années, Justin a pris goût à ses vacances sans papa, sans maman. Cette maison près du fleuve est devenue ce lieu où il nous demanderait d’aller, non pas par nécessité, mais parce qu’il s’y sentait bien. Cette chambre que ses grands-parents avaient décorée était maintenant la sienne et le faisait sentir chez lui.

Pendant des années, j’ai culpabilisé pour ces moments où je n’étais pas là. Pourtant, pendant que moi je n’y étais pas, d’autres y étaient. Ce fameux village composé de mes parents et de ma sœur, nécessaire pour élever un enfant selon les Africains, faisait son œuvre. Ils transmettaient leurs vécus, leurs valeurs et leur amour à ce petit garçon duquel je suis si fière. Mon petit homme qui aura six ans et que l’on dit gentil, poli, mature et épanoui.

Alors que je croyais le sacrifier au nom des diagnostics de sa sœur, en le laissant partir loin de moi, je lui offrais la liberté d’être accompagné dans son développement d’enfant par des gens qui ont complété notre travail de parents pour le grand bonheur de notre petit voyageur.

 

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