La dépression, ça fait mal à un couple

C’était en janvier 2014. Je les ai vus, les signes. Je les ai reconnus, les maudits signes. Je voulais tellement me tromper. Je me disais qu’il était seulement fatigué, que ça allait passer avec un peu de repos. Du repos? Comment pouvais-je me rabattre sur cette illusion? Nous vivons avec l’autisme dans notre maison.

Il y a bien longtemps que le repos n’existe plus. Pas même de petites vacances ou un simple week-end. Rien. Absolument rien. À cette époque, tout le budget des vacances servait à couvrir les frais de services spécialisés pour notre fille. Pour des frais au privé, beaucoup trop élevés pour nos moyens. Ces frais que nous devions rembourser à grand coup d’heures supplémentaires au travail.

En fait, qu’il devait faire. Bien souvent, je devais m’occuper des suivis médicaux, mettre en place les diverses techniques d’intervention enseignées par le CRDI-TED, m’occuper de la paperasse pour le CPE ou celle des allocations pour enfants handicapés.

Il revenait tard, complètement exténué. Il allait directement au lit ou il s’enfermait dans notre bureau pour jouer en ligne ou sur sa console de jeu. Je n’étais pas dans une grande forme non plus. Par contre, quand je le voyais rentrer, fatigué et cerné, je me disais que c’était bien la moindre des choses qu’il prenne un peu de temps pour lui. Je le comprenais. Du moins, je croyais.

Les semaines passaient et visiblement, les choses ne s’amélioraient pas. Je ne voulais pas lui parler de ce que je voyais, de peur de me tromper, de le froisser. Il faut dire que je ne l’avais jamais senti aussi impatient et prompt que dans les dernières semaines.

Après plus de 7 ans ensemble, je ne reconnaissais plus cet homme qui se tenait devant moi. Son sommeil était perturbé, donc le mien aussi par la même occasion. Si je m’étais levée régulièrement pour notre fille, dans les dernières années, c’est de le voir se lever la nuit et errer dans la maison qui me causait de l’insomnie. Le matin venu, il se levait de peine et de misère et la moindre contrariété lui donnait envie de retourner se coucher.

Un matin, j’ai trouvé du sel dans le réfrigérateur et le beurre d’arachide dans le congélateur. À tous ses autres sypmtômes s’ajoutaient la confusion et des pertes de mémoire. J’ai compris que je n’avais plus le temps de trouver les mots pour lui parler et que je devais agir. J’ai réalisé que le temps n’était plus aux mots, mais à l’action. Cependant, il m’avait devancée.

Ce matin-là, le froid était intense. Les assistances routières étaient débordées, mais pour lui, de voir sa voiture qui ne démarrait pas, ça a été comme une montagne insurmontable. Il est revenu dans la maison en blasphémant, se débarrassant de tout son attirail de travail et s’est dirigé vers notre chambre. Il était allé se coucher.

Je l’ai retrouvé en larmes dans son oreiller et j’ai entendu sortir de sa bouche les pires mots. Je croyais que l’autisme me faisait vivre mes plus grandes angoisses, mes pires moments de panique. J’avais tort. De l’entendre me dire « Je ne m’endure plus, je ne me comprends plus. T’en a déjà beaucoup sur les épaules avec la petite et, là, en plus moi. Je ne peux pas devenir une charge de plus pour toi. Tu serais mieux sans moi. J’en peux plus Nad! J’en veux plus de cette vie-là! Vous seriez mieux sans moi. » m’a réellement glacé le sang!

J’avais trop attendu pour lui parler. Il avait trop attendu pour me parler. Lui, parce qu’il me voyait déjà submergée avec les enfants et moi parce que j’avais peur de sa réaction. En fait, ma crainte était qu’il m’annonce que ça allait, mais plus avec moi. Qu’il ne m’aimait plus! Que la différence d’Ariane avait eu raison de nous.

Nous devions agir et vite. J’ai eu beaucoup de chance, car la secrétaire de la clinique médicale a été d’une gentillesse et d’une compréhension incroyables. Il n’avait pas envie d’y aller, il était visiblement anxieux. La panique s’emparait si facilement de lui. Lui que j’avais connu si en contrôle par le passé. Lui qui avait été mon roc quand les spécialistes étaient entrés dans notre vie. Lui sur qui j’avais pu compter pendant toutes ces années d’investigations. Lui, le papa si calme et patient, le conjoint si réconfortant et aimant, s’était transformé en un homme que je ne reconnaissais plus. Je ne le reconnaissais plus, mais je croyais encore en lui. J’allais être son roc. J’allais me battre pour lui. L’énergie était difficile à trouver, mais j’allais y arriver.

Je me suis présentée dans le cabinet du médecin avec lui. Son visage ravagé, mes quelques explications sur les mois qui venaient de passer et ses larmes qui se sont mises à glisser sur ses joues ont convaincu le médecin que c’était sérieux. Je ne m’étais pas trompée, j’avais toutes les raisons de m’inquiéter. Tous les signes de la dépression étaient là!  

Je l’ai entendu lui raconter des choses que j’ignorais, mais qui me faisaient réaliser à quel point la situation urgeait. Je dois dire que je m’en voulais. En fait, je m’en suis voulu longtemps. J’étais tellement aux prises avec l’autisme de notre fille que je l’ai mis de côté. Je n’ai vu sa souffrance qu’au dernier moment, car je banalisais notre fatigue, notre manque d’entrain et ce manque de répit. Pour payer ce qui avait de mieux à notre fille, nous nous sommes fendus en deux et en quatre. Avec le recul, tout ça n’avait aucun sens. Nous avons cru faire ce qu’il y a de mieux, mais à quel prix? Celui de sa santé mentale.

Et dire que si ce matin-là, nous n’avions pas affronté l’une de nos pires journées d’hiver, que sa voiture avait démarré et qu’il était parti travailler, un autre évènement aurait peut-être eu raison de lui et l’aurait convaincu que j’étais mieux sans lui.

Alors surtout, si vous n’allez pas, n’ayez pas peur d’en parler à votre conjoint-e ou à un proche. Si vous soupçonnez que votre partenaire est en dépression, n’ayez pas peur de lui tendre la main.

Pour en savoir davantage sur les signes de la dépression, visitez le site La dépression fait mal de l’association Revivre.

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